vendredi 26 août 2016

"De Profundis" d'Emmanuelle Pirotte

Cherche-Midi - A Paraître le 25 août 2016
9782749151045

Voilà trop longtemps que Sadness et Groot n'avaient pas fait une apparition par ici !
Voilà un livre qui, dès le premier regard sur sa quatrième de couverture, m'avait fortement intriguée, la promesse "entre dystopie et conte fantastique" étant pour le moins originale ! Et c'est donc sans connaître l'auteure (qui en est a priori à son deuxième roman) que je me suis lancée dans cette étrange lecture, entre deux tomes du Fléau, comme je vous le disais dans mon dernier C'est Lundi. Je dois être dans une période post-apocalyptique, que voulez-vous.

Je remercie le Cherche-Midi pour l'envoi de ce roman !


De quoi ça parle
Bruxelles, dans un avenir proche. Ebola III a plongé l'Europe dans le chaos : hôpitaux débordés, électricité rationnée, fanatismes exacerbés. Roxanne survit grâce au trafic de médicaments et pense à suivre le mouvement général : s'ôter joyeusement la vie. Mais son ex-mari succombe au virus, lui laissant Stella, une fillette étrange dont elle ne s'est jamais occupée. Quand une bande de pillards assassine sa voisine, Roxanne part pour un hameau oublié, où l'attend une ancienne maison de famille. La mère et la fille pourront-elles s'adapter à ce mode de vie ancestral et à cette existence de recluses ? Entre dystopie et conte fantastique, De profundis est un roman hors normes. Une plongée en enfer, doublée d'une fabuleuse histoire d'amour.


Et ça donne quoi
N'y allons pas par quatre chemins, De Profundis n'a malheureusement pas su me convaincre. Pourtant, nous étions plutôt bien partis tous les deux ! Le début est plutôt agréable et original, nous nous retrouvons à Bruxelles, à une époque qui ressemble de très près à la nôtre, l'évolution d'une maladie bien connue a décimé une bonne partie de la population, nous suivons alors Roxanne, jeune femme brisée, plutôt esseulée et loin de ressembler à nos héroïnes de dystopie habituelle. Peu attachante, Roxanne reste très étonnante et j'ai eu envie de la suivre dans cette Belgique transformée. Mais c'est par la suite que ça se corse.

Roxanne récupère la garde de sa propre fille Stella, enfant lunaire (comme son nom l'indique), et décide, pour leur sécurité de partir dans un bled paumé, loin de l'agitation de la grande ville et hors de portée des gangs qui s'y sont développés. Et c'est là que Titine (c'est toujours moi, Titine), elle a été larguée. L'ambiance change tellement radicalement que vous avez la nette impression que quelqu'un a subrepticement échangé votre livre avec une romance fantastique. Du genre "Elle couche avec un loup-garou", voyez. Un être évanescent, une sorte de fantôme fait alors son apparition et, à partir de là, je suis bien en peine de vous en dire plus parce que, vraiment, j'ai rien compris. Nous basculons entre les souvenirs de ce gentleman, essayant tant bien que mal de se remémorer sa propre histoire, les pensées de Stella, cherchant l'affection d'une mère absente, et la fameuse mère absente, Roxanne donc, tombant petit à petit sous le charme du bonhomme. Au milieu de tout cela, vient s'incruster un récit un peu policier, à base de meurtre et de tueurs en série pas très sympathiques.

Si la partie Stella/Roxanne m'a plutôt intéressé (je pensais que l'histoire d'amour en question, citée par la quatrième de couverture, aurait été filiale plus que romantique, grosse surprise donc) et attendri, je suis totalement passée à côté de la beauté du fantastique tel qu'il nous est proposé par l'auteure, tout cela manquait clairement d'émotion et, oserais-je dire, de "réalisme" pour moi. Pourtant, je suis plutôt du genre à accepter tout et n'importe quoi sous couvert de la fiction et suis très friande de fantastique et de paranormal, mais là, ça ne l'a pas fait. Je suis donc restée sur ma faim, espérant sans cesse que l'auteure allait recentrer son récit autour de la fragile et naissante relation entre la mère et la fille.

Le contexte m'a aussi paru survolé, si la première partie nous développe assez bien le côté post-apo, il n'en est quasi plus question par la suite, après le déménagement à la campagne (campagne très étrangement traitée, d'ailleurs, presque "trop rurale" pour être réaliste) et je me suis alors posée la question de sa nécessité. Il m'a clairement semblé, au fil de ma lecture, qu'Emmanuelle Pirotte n'avait pas su se positionner dans le genre qu'elle avait voulu donner à son ouvrage, fantastique, dystopie, post-apo, romance, etc. ? Tout cela n'est pas assez clair et tout reste donc trop à la surface pour moi.

2/5

En Bref
Malgré quelques qualités au début, des personnages originaux dans leurs imperfections, une belle écriture et un univers réaliste et meurtri, je suis malheureusement restée totalement en dehors de De Profundis. Comme je l'ai déjà dit, je n'aurais peut-être pas dû le lire entre les deux tomes du Fléau de Stephen King puisque le contexte, bien que ressemblant, n'arrive même pas à la cheville du petit orteil du maître de l'horreur pour moi. J'ose espérer que c'est là d'où vient ma déception et que ce roman trouvera son public. Je lui ai retrouvé un petit côté malsain du Diable sur les épaules de Christian Carayon ou, d'un peu plus loin, d'Un Roi sans Divertissement de Jean Giono, sans que, toutefois, je puisse mettre le doigt sur ce que je leur trouve de vraiment ressemblant. Dommage, donc !

mercredi 24 août 2016

"La Fuite" d'Eve Chambrot

Envolume - A Paraître le 25 août
9782371140417

Pauvre petit chaton, réveillé juste pour une photo. Y a plus de respect dans cette société.
Il y a peu de temps, j'avais lu Trésor aux éditions Envolume qui m'avait absolument transcendé et ému, un vrai bijou, une merveille, bref, les superlatifs me manquent. Du coup, quand Envolume m'a de nouveau proposé de lire une de leurs nouvelles parutions, je n'ai pas hésité un seul instant et je les remercie donc pour l'envoi et surtout pour la confiance !

Encore une fois, je m'extasie devant l'objet-livre. La couverture est tout simplement superbe (la photo ne lui rend pas hommage), le papier est velouté à souhait et légèrement irisé et la mise en page interne est très agréable. C'est très soigné et ça fait vraiment plaisir de voir une maison d'édition prend autant à cœur la maquette de ses ouvrages.


De quoi ça parle
C’est un homme ordinaire : comme tant d’autres, il veut gagner de l’argent, réussir. À la tête de sa petite entreprise, il mène une existence confortable. Un jour, les clients disparaissent, les dettes s’accumulent et tout s’effondre. Dès lors, il aura une seule préoccupation : que personne n’en sache rien.


Et ça donne quoi
Bon, avant toute chose, il y a quelque chose qui me tracasse avec ce bouquin. Il m'a fait penser tout du long à un fait divers assez connu d'un type qui a fait semblant d'être médecin pendant des années et allait se planquer dans sa voiture toute la journée et IMPOSSIBLE DE METTRE LE DOIGT SUR LE NOM DE CETTE AFFAIRE ET ÇA M’ÉNERVE ! Bref, c'est pas bien grave si ça dit quelque chose à quelqu'un, qu'il n'hésite pas à me le mentionner en commentaire, je ne dois pas avoir les bons mots-clefs pour que Google daigne me répondre. ("Jean-Claude Romand" me dit monsieur Pumpkins après une recherche Google de 4 secondes, il m’énerve aussi celui-là !)

Ce roman très court nous raconte donc l'histoire d'un homme tout à fait "normal", à quoi tout réussit, le petit chef d'entreprise classique, qui a une vie plutôt correcte avec des déceptions et des réussites professionnelles et amoureuses. Mais un jour, tout bascule, c'est la crise pour tout le monde et tout finit par se casser la margoulette. Le monsieur, finalement fort peu sympathique, prend la chose plutôt mal (quand on est habitué à tout avoir, ça fiche toujours un coup) et cache ce qu'il lui arrive à sa famille.

La narration est très bien construite : c'est cet homme, dont nous ne connaissons finalement pas le nom (enfin, il me semble... Ou alors je suis totalement passée à côté), qui nous raconte sa propre histoire dans des paragraphes en italique, mais, en alternance, nous avons aussi le point de vue de sa femme, Sabine, qui voit le comportement de son mari changer du tout au tout (ou presque...) et qui s'interroge.

Comme je le disais précédemment, le personnage principal "l'homme" est, pour moi, une ordure sans nom (c'est le cas de le dire, haha), le cliché du macho imbu de lui-même, orgueilleux, infect avec sa femme et ses enfants, qui ne pense qu'à lui et qu'à ce que les gens pensent de lui. Si au début, on peut comprendre son mal-être devant la chute de ce qu'il a créé, plus rien après ne justifie ses actes. Par contre, attention, malgré son côté détestable, cela n'empêche en rien la lecture, le personnage est censé être ainsi et est finalement très humain. Le reste des persos donne le même sentiment mais pas pour les mêmes raisons. Sabine, la femme de "l'homme" notamment, inspire à la fois la pitié et l'agacement, on a envie qu'elle se bouge et qu'elle se rebelle mais en même temps, on ne peut pas non plus lui reprocher son comportement, il est le même que celui de la plupart des femmes battues et il est difficile de savoir comment on réagirait à sa place...


3,5/5

En Bref
C'est un livre que j'ai lu d'une traite (rien de très sportif là-dedans, il est très court) et qui m'a laissé un sentiment très étrange. Je l'ai vraiment beaucoup aimé, c'est sûr, mais il m'a aussi "fatiguée", j'ai été épuisée moralement par la méchanceté du personnage et par cette fin que l'on voit venir, inexorablement, malgré tous nos vœux pour qu'elle ne se réalise pas. C'est une histoire très dure mais très réaliste, très ancrée dans notre monde réel, où vous voyez apparaître ce genre d'histoire fait-divers dès que vous allumez la télévision, c'est terrible, ça chamboule mais ça fait réfléchir. Encore une fois, les éditions Envolume prouvent qu'elles savent choisir leur publication et les plumes qu'elles accompagnent, c'est une réussite, vraiment, et ce livre ne vous laissera pas indemne.