samedi 18 mars 2017

- Celle dont j'ai toujours rêvé -


Celle dont j'ai toujours rêvé
de
Meredith Russo
Éditions Pocket Jeunesse

Trainer sur les réseaux sociaux peut entraîner une sacrée prise de poids de votre PAL, vous le savez, je le sais, nous le savons. Certains livres disposent d'une immense couverture web, que ce soit par la maison qui les édite ou par les blogueurs/presse qui en parlent et si, l'expérience aidant, j'arrive à limiter certaines de mes pulsions, parfois, je me laisse prendre au jeu. Ce fut le cas de Celle dont j'ai toujours rêvé. Et c'est exactement dans ce genre de situation que je suis contente d'être influençable. Parce que si Titine est parfois un pigeon, Titine n'en demeure pas moins un pigeon heureux !



L'histoire en question






Amanda Hardy arrive dans un nouveau lycée. Comme beaucoup, elle souhaite avant tout s'intégrer. Mais malgré sa popularité, un secret l'empêche de s'ouvrir aux autres. Sa rencontre avec Grant remet tout en question. Il est le premier garçon qui parvient à lui faire baisser sa garde. Amanda comprend que pour être heureuse, elle doit se révéler, au risque de tout perdre. Car le secret d'Amanda c'est qu'avant, elle s'appelait Andrew.







L'avis de Titine

On est d'accord, à la première lecture, la quatrième de couverture n'envoie pas spécialement du rêve et je serais sans doute passée à côté sans les avis dithyrambiques de mes compatriotes blogsphériennes. Une énième romance adolescente, me serais-je dit. Et j'aurais eu raison. Et tort à la fois. Le Broco est un animal complexe.

Ici, c'est l'identité de l’héroïne qui marque une rupture majeure avec le reste de la littérature adolescente. Amande est transgenre, assignée garçon à la naissance et malheureuse jusqu'à sa prise de conscience et celle de son entourage. Mais bien sûr (et hélas), les choses ne changent pas du jour au lendemain, Amanda reste la victime d'un harcèlement de masse dans son lycée et finit par déménager chez son père, histoire de démarrer une nouvelle vie, là où personne ne connaît son passé. Mais comme vous êtes en plein dans un roman américain, Amanda va débarquer dans une ville typiquement sudiste, avec ses congrégations religieuses bien pensantes et ses codes sociaux bien ancrés. Vous les sentez venir, les problèmes ?

La transidentité est une thématique qui apparaît doucement dans la littérature young adult. Et c'est tant mieux, surtout si comme moi, le sujet vous intéresse mais vous n'y connaissez finalement pas grand-chose. Ce que vous allez apprendre ici, c'est qu'Amanda n'est finalement qu'une fille comme une autre, mignonne, intelligente, curieuse et avec une envie de faire les expériences inhérentes à son âge. Et s'il n'y avait pas les quelques retours en arrière expliquant son parcours, on oublierait assez facilement la thématique du départ.

Moteur central du roman, l'histoire d'amour entre Amanda et Grant est touchante et pose des questions applicables à tout début de relation : comment la démarrer sur de bonnes bases si l'ensemble repose sur un mensonge ? Mais en quoi dire qu'Amanda est une fille serait finalement un mensonge ? Et, finalement, qui ne possède pas un ou deux secrets bien planqués ? Grant semble aussi posséder quelques zones d'ombre. Hélas, sans ce secret, l'histoire entre nos deux personnages ressemble à toutes les autres romances adolescentes et loin de me passionner, j'ai préféré prêter attention aux personnages secondaires, bien plus intéressants que le Grantounet, comme le père d'Amanda, par exemple, bourru et rustre, qui n'arrive pas à oublier son fils (la thématique du deuil est d'ailleurs très bien amenée, perd-on son enfant quand celui-ci "change" de sexe ?).


En Bref
4/5

En démarrant Celle dont j'ai toujours rêvé, j'étais hyper emballée, la thématique me plaît et m'intéresse. Puis, plus j'avançais dans ma lecture, plus je me rendais compte que, finalement, j'étais dans un roman assez classique, contemporain adolescent, où l'histoire d'amour est empêchée par un secret. Oui, j'ai beaucoup aimé ma lecture, je l'ai même adoré, c'est intelligent, bien écrit, fluide, mais il m'a tout de même manqué quelque chose pour que ça devienne un vrai coup de cœur, peut-être plus d'explication, je ne sais pas. L'autrice a voulu montrer que les transgenres sont des adolescentes comme les autres, mais on perd finalement le sujet de vue et le roman devient alors beaucoup plus "classique". A noter la postface de Meredith Russo qui explique n'avoir montré ici qu'une seule facette, une seule représentation de la transidentité et qui appelle ses lecteurs, surtout ceux qui se sentent concernés, à ne pas se comparer à Amanda. J'ai particulièrement ressenti ici l'implication de l'autrice dans son travail et ça vient presque vous serrer le cœur.



Aparté n°1

Juste avant de démarrer ma lecture, j'avais lu le très bon article de Lupiot, du blog Allez-vous faire lire, sur le roman George, qui reprend la même thématique pour un public plus jeune. Elle mentionnait la multitude de clichés sexistes dont s'était servi l'auteur pour opposer féminin et masculin (Machine est une fille parce qu'elle est propre et aime les fringues, Truc est un garçon parce qu'il pète et joue au foot). Du coup, j'ai particulièrement prêté attention à ça pendant ma lecture et, si j'en ai tout de même relevé plusieurs (Amanda est très jolie, aime se maquiller et faire les boutiques, comme ses copines, les garçons sont tous amateur de foot américain...), force est de constater que le roman semble tout de même avoir échappé aux défauts de George (que je vais lire à l'occasion, histoire de me faire ma propre idée). Un petit moment qui m'a d'ailleurs fait sourire : une amie d'Amanda lui fait remarquer qu'avec une poitrine pareille, elle va souffrir le martyre en courant pendant le cours de sport. Comme quoi, ce n'est pas parce qu'on a des seins qu'on sait d'instinct quoi faire avec. Mon premier cours d'endurance fut aussi une torture. Ils s'en souviennent encore.


Aparté n°2 - Edit

Je remercie Systia qui, dans les commentaires, m'a fait remarquer qu'il valait mieux éviter l'utilisation du terme "transsexualité" et privilégier "transgenre" et "transidentité", j'ai donc modifié l'article en fonction de ces informations et m'excuse auprès des personnes qui auraient pu se sentir gêner par mon mauvais vocabulaire. Ici, Titine ne demande qu'à apprendre de nouvelles choses, n'hésitez donc pas à lui mettre le nez dans ses bêtises :D

14 commentaires:

  1. Il me tente depuis sa sortie, il faut vraiment que je le lise !

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  2. Oh jolie ! La thématique me branche pas mal et n'ayant encore lu, je me laisserai bien tenter. Ce que tu dis en rapprochant le thème de l'homosexualité dans la littérature jeunesse, m'a fait rappeler mes cours de litté jeunesse où justement on nous disait que c'est à travers les livres pour les plus jeunes qu'on peut arriver à leur inculquer beaucoup de choses, la tolérance et la compréhension de la diversité sexuelle et culturelle notamment. Donc hyper nécessaire à notre société. Et là je me rappelle d'un roman que j'avais adoré gamine et où j'avais pour la première fois entendu parler d'homosexualité sans que ça soit vu comme un "problème", c'était Oh Boy ! de Murail. Je me dis à chaque fois que je devrais le relire.

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    1. Je n'ai pas non plus le souvenir d'avoir lu quoique ce soit sur le sujet alors que, comme tu dis, c'est hyper nécessaire à notre société, mais les mentalités (et les thématiques utilisées donc) changent (doucement, hein) et c'est plutôt chouette.

      Et pareil que toi pour Oh Boy ! ça m'avait même fait tout drôle à l'époque tellement, à chaque fois qu'on parlait d'homosexualité, j'avais l'impression que c'était forcément mal vécu par les personnages en question. Et je devrais le relire aussi, + de 15 ans après, ça ne peut être qu'intéressant.

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  3. Bonjour !

    Comme tu dis être intéressée par le sujet, je me permets de t'apporter des précisions.
    Les personnes trans évitent les termes "transsexualité" et "transsexuel" et leur préfèrent "transidentité" et "transgenre".

    Attends, je te trouve une explication pour éviter de dire des bêtises... *farfouille sur le net*... Ah voilà :
    "Transsexuel.le : synonyme de transgenre qui psychiatrise et médicalise les personnes trans et laisse penser à un lien entre la transidentité et la sexualité. Pour ces raisons, son utilisation n’est pas souhaitable.
    Transsexualisme : mauvais terme, souvent utilisé par les psychiatres, sociologues et médecins, visant à qualifier la Transidentité, Ce terme ayant pour suffixe -isme, laisse penser qu'il s'agit d'une opinion ou d'un choix, alors qu'il n'en ai rien. Préférez donc utiliser le terme “transidentité” qu'aux deux termes “transsexualité” et “transsexualisme”.

    Ça vient d'un glossaire fait par cette page FB : https://www.facebook.com/transpercerlesilence/

    À part ça (parce qu'on va éviter de commenter juste pour te reprendre ^^), cette chronique est sympa, elle est "douce" (oui, ce qualificatif est bizarre, mais c'est le seul que j'ai trouvé) on sent que ça t'a touchée :)

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    1. Hello ! Merci beaucoup pour les précisions, j'avais peur de dire une grosse bêtise et, du coup, je suis contente qu'on me dise (gentiment en plus, comme tu le fais) ce qu'il vaut mieux utiliser comme termes (et comme j'aime beaucoup apprendre des trucs, ça fait d'une pierre, 2 coups !). A la lumière de ces infos, je vais modifier l'article du coup :)

      Et merci pour le "douce", j'ai essayé de décrire au mieux ce que ce livre m'a fait ressentir :)

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  4. L'idée du thème est génial, mais si cela n'est pas assez exploité pour finalement retrouvé ce qu'on retrouve dans beaucoup de livre, je préfère passer à côté. J'ai peut-être tord, mais après tout on a pas assez d'une vie pour tout lire, donc il faut bien faire l'impasse sur certains romans ^_^

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    1. Le thème est très bien traité, ça parle de transidentité tout en montrant que ce sont des gens (ici des ados) tout à fait comme les autres, ça en devient très intéressant. Mais tu as raison, on ne peut pas tout lire ! xD

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  5. Il est dans ma WishList depuis sa sortie ! J'ai hâte :p

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  6. J'ai envie aussi d'être un mouton outre ce bouquin là, même si je risque finalement d'être assez déçue que le thème ne soit pas plus que ça au coeur du récit.
    Et c'est marrant, ces histoires de terminologie, dans À moi seul bien des personnages du génial Irving, son héros refuse d'employer les termes transgenre ou transidentité et reste sur le transsexuel. C'est beaucoup parce qu'il a connu les débuts des opérations en question, et que quand les terminologies modernes arrivent, il n'en voit pas l'intérêt, mais il l'argumente de façon assez intelligente.

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    1. Ah mais le thème est bien au coeur du récit ! Disons qu'il est même tellement bien intégré que ça passe tout seul. Non, je ne peux que te le conseiller, ça serait vraiment dommage de passer à côté !
      Je me souviens plus trop de A moi seul bien des personnages, mais oui, le vocabulaire peut changer en fonction des gens, de leur âge, du contexte (et je ne doute pas de l'argumentation intelligente, vu que, comme tu dis, c'est le GÉNIAL Irving ^^)

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  7. Oh, tu me refroidis un peu. Il est dans ma PAL grâce à Evelyne (Fée Liseuse), mais je n'ai pas encore eu le temps de le lire... il faudra qu'on en discute quand ce sera chose faite ;)

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    1. Ah mince, ce n'était pas du tout mon but ! J'ai vraiment beaucoup aimé mais j'ai le coup de coeur récalcitrant en ce moment, ça vient peut-être de là. En tout cas, c'est un beau roman, touchant et bien écrit. On en rediscute quand tu l'auras lu, j'ai hâte d'avoir ton avis ! N'écoute pas la vieille grincheuse difficile que je suis :p (surtout qu'il est vraiment très bon !)

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Un petit mot pour le Broco ?